Examens

Examen régional N°8

TEXTE :

Avant de m’ensevelir dans cette tombe à deux roues, j’ai jeté un regard dans la cour, un de ces regards désespérés devant lesquels il semble que les murs devraient crouler. La cour espèce de petite place plantée d’arbres, était plus encombrée encore de spectateurs que pour les galériens. Déjà la foule !

Comme le jour du départ de la chaîne, il tombait une pluie de la saison, une pluie fine et glacée qui tombe encore à l’heure où j’écris, qui tombera sans doute toute la journée, qui durera plus que moi. Les chemins étaient effondrés, la cour pleine de fange et d’eau. J’ai eu plaisir à voir cette foule dans cette boue.

Nous sommes montés, l’huissier et un gendarme, dans le compartiment de devant ; le prêtre, moi et un gendarme dans l’autre. Quatre gendarmes à cheval autour de la voiture. Ainsi, sans le postillon, huit hommes pour un homme.

Pendant que je montais, il y avait une vieille aux yeux gris qui disait : – J’aime encore mieux cela que la chaîne.

Je conçois. C’est un spectacle qu’on embrasse plus aisément d’un coup d’œil, c’est plus tôt vu. C’est tout aussi beau et plus commode. Rien ne vous distrait. Il n’y a qu’un homme, et sur cet homme seul autant de misère que sur tous les forçats à la fois. Seulement cela est moins éparpillé ; c’est une liqueur concentrée, bien plus savoureuse.

La voiture s’est ébranlée. Elle a fait un bruit sourd en passant sous la voûte de la grande porte, puis a débouché dans l’avenue, et les lourds battants de Bicêtre se sont refermés derrière elle. Je me sentais emporté avec stupeur, comme un homme tombé en léthargie qui ne peut ni remuer ni crier et qui entend qu’on l’enterre. J’écoutais vaguement les paquets de sonnettes pendus au cou des chevaux de poste sonner en cadence et comme par hoquets, les roues ferrées bruire sur le pavé ou cogner la caisse en changeant d’ornière, le galop sonore des gendarmes autour de la carriole, le fouet claquant du postillon. Tout cela me semblait comme un tourbillon qui m’emportait.

À travers le grillage d’un judas percé en face de moi, mes yeux s’étaient fixés machinalement sur l’inscription gravée en grosses lettres au-dessus de la grande porte de Bicêtre : HOSPICE DE LA VIEILLESSE.

– Tiens, me disais-je, il paraît qu’il y a des gens qui vieillissent, là. Et, comme on fait entre la veille et le sommeil, je retournais cette idée en tous sens dans mon esprit engourdi de douleur Tout à coup la carriole, en passant de l’avenue dans la grande route, a changé le point de vue de la lucarne. Les tours de Notre-Dame sont venues s’y encadrer bleues et à demi effacées dans la brume de Paris. Sur-le-champ le point de vue de mon esprit a changé aussi. J’étais devenu machine comme la voiture. À l’idée de Bicêtre a succédé l’idée des tours de Notre-Dame. – Ceux qui seront sur la tour où est le drapeau verront bien, me suis-je dit en souriant stupidement.

Je crois que c’est à ce moment-là que le prêtre s’est remis à me parler. Je l’ai laissé dire patiemment. J’avais déjà dans l’oreille le bruit des roues, le galop des chevaux, le fouet du postillon. C’était un bruit de plus.

Extrait de « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo.

I. ÉTUDE DE TEXTE : (10 points)

Relisez le texte et répondez aux questions suivantes :

1) Victor HUGO est un grand écrivain français.

Quand et où est-il né ? Citez une de ses œuvres autre que « Le Dernier Jour d’un Condamné ». Quand et où est-il mort ?

Pour répondre, vous pouvez choisir parmi les informations suivantes : 1702, 1802, 1885, 1895, à Paris, à Grenoble, à Besançon, « La légende des siècles », « Les travailleurs de la mer ». « Le déterreur » (1,5 pts)

– Victor Hugo est né en 1802 à Besançon.

– Une de ses œuvres : « La légende des siècles ».

– Victor Hugo est mort en 1885 à Paris.

2) D’après votre lecture de l’œuvre,

a) où se trouve le narrateur ? Le narrateur se trouve à Bicêtre.

b) où est-il conduit ? (1 pt) Il est conduit à la Conciergerie.

3) Donnez deux reprises lexicales de « cette tombe à deux roues » dans cet extrait. (1 pt)

La voiture, la carriole, la caisse.

4) Relevez dans le passage allant de « Avant de m’ensevelir dans cette tombe … » jusqu’à « J’ai eu plaisir à voir cette foule dans cette boue. »

a) une comparaison : « … qui durera plus que moi ».

b) une métaphore : « Avant de m’ensevelir dans cette tombe à deux roues ».

c) Quelle idée chacune de ces deux figures de style met-elle en relief ? (1 pt)

L’idée de la mort et de l’enterrement.

5) Relevez dans le texte quatre termes appartenant au champ lexical du bruit. (1 pt)

Un bruit sourd, sonner en cadence, bruire sur le pavé, le galop sonore, le fouet claquant, le bruit des roues …

Sourd, sonner, bruire, sonore, claquant.

6) a) Dégagez du texte deux sentiments éprouvés par le narrateur.

Un sentiment de désespoir : L’heure de la mort est proche.

Un sentiment de stupeur : il est dans un état de somnolence, de léthargie.

b) Qu’est-ce qui est à l’origine de chacun d’eux ? (1 pt)

Le désespoir : il quitte la prison pour sa destination finale.

La stupeur : le bruit de la voiture.

7) « Pendant que je montais, il y avait une vieille aux yeux gris qui disait : – J’aime encore mieux cela que la chaîne. »

a) De quelle chaîne s’agit-il ?

La chaîne des forçats qui sont partis pour Toulon.

b) Pourquoi le narrateur n’a-t-il pas fait partie de cette chaîne ? (1 pt)

Car le narrateur est condamné à mort et non pas aux travaux forcés.

8) « Je conçois. C’est un spectacle qu’on embrasse plus aisément d’un coup d’œil … c’est une liqueur concentrée, bien plus savoureuse. »

Dans ce passage, s’agit-il du récit ou du commentaire ?

Il s’agit d’un commentaire.

Justifiez votre réponse. (1 pt)

L’emploi du présent.

9) a) Ce passage est-il surtout, a) pathétique, b) ironique, c) comique ?

Ce passage est pathétique.

b) Justifiez votre réponse. (1 pt)

Le désespoir du narrateur et son état léthargique suscitent la pitié du lecteur.

10) D’après-vous, cet extrait peut-il être considéré comme un argument contre la peine de mort ? Pourquoi ? (0,5 pt)

Selon moi, cet extrait peut être considéré comme un argument contre la peine de mort car il met en relief la souffrance physique et morale que le condamné doit subir avant d’être exécuté.

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